Turning the page…
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21 September 2026 · Raja Sabta · 5 min read
« Le problème, c’est la mentalité. » Et si, derrière cette phrase que nous répétons tant, se cachait une autre question : comment cette mentalité se construit-elle ? Une réflexion sur l’éducation, la citoyenneté et notre capacité à changer.

Depuis 2011, les gouvernements s’enchaînent, tout comme les réformes, les politiques publiques, les grandes annonces et les discours sur le changement et le développement. Et lorsqu’une grande promesse échoue — dans sa mise en œuvre, dans son aboutissement ou dans ses résultats —, le même discours ressurgit dans les cafés, les taxis et les repas de famille : le problème du pays, c’est la mentalité.
Toujours la mentalité.
La mentalité des autres. Celle du voisin, du Tunisien, de la cousine, du fonctionnaire ou de ceux qui nous gouvernent.
Mais qu’est-ce que la mentalité ? Et comment se fait-il qu’elle soit devenue, à elle seule, l’explication de tant de nos maux ?
Selon le Larousse, la mentalité désigne « l’ensemble des habitudes intellectuelles, des croyances et des dispositions psychiques ou morales d’un groupe ou d’une personne ».
D’accord. Mais d’où vient cette mentalité qui semble toucher tous les Tunisiens — mais jamais nous-mêmes, ni les personnes que nous aimons ?
D’où vient cette mentalité qui fait que certains maltraitent les animaux errants, que d’autres salissent nos plages, que certains s’adonnent à la corruption, banalisée à petite échelle comme à plus grande échelle, tandis que d’autres encore détruisent presque systématiquement les efforts collectifs : qu’il s’agisse de préserver un banc nouvellement installé dans un parc, de respecter un espace public ou de lutter contre les fléaux qui touchent notre société ?
En creusant cette question, notamment dans le cadre de mes études, j’ai progressivement découvert une autre manière de regarder le problème : et si cette fameuse « mentalité » n’était, en grande partie, rien d’autre que le produit de notre éducation ?
Ou plutôt : de notre capacité, ou de notre incapacité, à transmettre à nos enfants un système de valeurs et de comportements citoyens, en plus des compétences académiques et des « hard skills » comme les mathématiques, les sciences ou la littérature.
Car l’école ne devrait pas seulement apprendre à un enfant à résoudre une équation, à rédiger une dissertation ou à mémoriser une leçon. Elle devrait aussi lui apprendre à vivre avec les autres, à respecter son environnement, à comprendre les conséquences de ses actes, à exercer son esprit critique, à participer à la vie collective et, surtout, à comprendre qu’il est lui-même un acteur de la société dans laquelle il évolue.
Mais lorsque l’on observe le déclin de l’école publique et les difficultés qu’elle rencontre à remplir certaines de ses prérogatives premières — lutter contre les inégalités, garantir l’universalité de l’accès à l’éducation, maintenir un niveau de qualité et de compétence, prévenir l’abandon scolaire — pour des raisons à la fois économiques, sociales et structurelles, peut-on réellement lui reprocher de ne plus parvenir à remplir pleinement cette mission citoyenne ?
Et surtout : peut-on s’étonner des conséquences ?
Les enfants qui avaient entre 4 et 18 ans en 2011 sont aujourd’hui, pour les plus jeunes d’entre eux, de jeunes adultes, et pour les plus âgés, des adultes pleinement engagés dans la vie sociale et professionnelle. Ce sont eux qui, aujourd’hui, étudient, travaillent, entreprennent, votent, prennent des décisions, élèvent à leur tour des enfants et participent à la construction — ou à la dégradation — de notre société.
Si l’école et, plus largement, notre système éducatif n’ont pas toujours réussi à leur transmettre les outils nécessaires pour devenir des citoyens engagés, pouvons-nous réellement être surpris de retrouver, chez certains, la banalisation de la corruption, la dégradation des espaces communs, le découragement, la défiance ou encore le désengagement collectif ?
Nous demandons souvent aux citoyens de changer leurs comportements. Mais leur avons-nous réellement appris comment faire ?
Avons-nous appris à nos enfants pourquoi il est important de ne pas jeter un déchet dans la rue ? Pourquoi un bien public appartient aussi à chacun d’entre nous ? Pourquoi la corruption n’est pas seulement un problème juridique ou économique, mais une atteinte à l’ensemble de la collectivité ? Pourquoi respecter les animaux, les espaces naturels, les infrastructures et les autres citoyens n’est pas une simple question de « bonne éducation », mais une condition nécessaire au fonctionnement d’une société ?
Et surtout, leur avons-nous appris qu’ils ont un impact réel sur la société dans laquelle ils vivent ?
Cette tribune ne se veut ni une critique de l’école publique, ni un procès de l’État, ni une accusation portée contre une génération. Elle est avant tout une observation, un constat et, peut-être, une invitation à changer notre manière de poser le problème.
On ne peut pas tout construire, tout changer et tout développer sans donner aux enfants la capacité de voir les choses différemment.
Il faut leur donner les moyens de comprendre le monde, de développer leur esprit critique, de se protéger, de prendre des décisions et de mesurer les conséquences de leurs comportements. Il faut leur transmettre les outils qui leur permettront, demain, d’incarner ces citoyens dont les réformes, les politiques publiques et les efforts d’amélioration ont besoin pour être compris, adoptés et réellement appliqués.
Une réforme, aussi ambitieuse soit-elle, ne vit pas uniquement dans les textes de loi ou les institutions. Elle vit dans les comportements quotidiens de millions de personnes.
Une politique publique peut être parfaitement pensée sur le papier et échouer dans la réalité si les citoyens ne comprennent pas son objectif, ne se sentent pas concernés ou ne disposent pas des outils nécessaires pour y participer.
Le changement ne peut donc pas être uniquement institutionnel.
Il doit aussi être éducatif.
C’est précisément de ce constat qu’est né Dis maman, dis papa : l’idée de proposer un outil complémentaire au système éducatif, pour accompagner les enfants et les familles dans la transmission de ces connaissances, de ces valeurs et de ces réflexes citoyens que l’école, confrontée à ses propres difficultés, ne peut pas toujours transmettre seule.
Parce que si nous voulons changer notre « mentalité », il faut peut-être commencer par arrêter de la considérer comme une fatalité.
La mentalité n’est pas quelque chose que l’on reçoit une fois pour toutes. Elle se construit. Elle se transmet. Et elle peut évoluer.
Et cette construction commence bien plus tôt que nous ne le pensons : à l’école, à la maison, dans nos familles et dans les exemples que nous donnons chaque jour à nos enfants.
Raja Sabta
« « La mentalité n’est pas une fatalité : elle est le produit d’une éducation, de valeurs et de comportements que nous transmettons — ou que nous cessons de transmettre. » »Raja Sabta